Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais j’adore la rando. Peut-être que certains d’entre vous s’imaginent que je ne suis qu’un petit citadin qui ne s’est jamais roulé dans la boue et qui n’a jamais mis la main dans le cul d’une vache, et bien détrompez-vous. Rappelez-vous mon périple sur l’île maudite, rappelez-vous mon amour pour les fruits de la forêt. Lorsque le soleil vient de se lever et que s’annonce une belle journée, je me dis qu’il va bientôt arriver, l’ami Ricoré Randonnée. Oui madame, je me suis déjà nettoyé les fesses avec des feuilles mortes et oui madame, je sais ce que c’est que d’avoir à manger son caca et à boire son pipi quand il n’y a plus rien à manger à part des cailloux et des orties.

Avec l’arrivée de l’automne, j’avais décidé dimanche dernier d’aller ramasser les châtaignes tout autour de la forêt de Montmorency. Au programme: 20km de marche avec une gourde pleine de grenadine et dix sandwichs au poulet dans mon sac à dos. Dix sandwichs parce que je n’avais aucune envie d’avoir à manger mon caca une fois de plus (mais je ne dis jamais non à un petit verre de pipi-grenadine).

Tout avait très bien commencé et je respectais mon planning à la lettre:

  • ramasser des châtaignes
  • effacer à coup de couteau les coeurs et les initiales des amoureux gravés dans les arbres
  • casser les cabanes des enfants
  • ramasser des feuilles mortes pour mon herbier
  • et surtout, casser les cabanes des enfants

C’est sur le chemin du retour que les choses ont commencé à se compliquer, lorsque j’ai été confronté à l’une des quatre peurs randonneurs.

Les 4 peurs du randonneur
Peur n°1: Ne plus rien avoir à manger
Peur n°2: Se perdre
Peur n°3: Etre sous un orage
Peur n°4: La colique surprise

J’aurais bien voulu vous raconter qu’une colique démentielle avait fait son apparition dans mon caleçon, mais ce jour là, j’avais su me montrer prudent en oubliant pas de me vidanger les tuyaux juste avant de partir. En réalité, j’étais complètement perdu. Quelle honte pour pour moi qui suis pourtant l’auteur des plus grands bestsellers à destination des randonneurs tels que: “Ma bite est ma boussole”, ”Ma bite est mon couteau”, “Ma bite a le tétanos”, sans oublier mon recueil d’histoires drôles en tête des ventes sur Amazon: “Le GPS est dans mes fesses”.

Pour tout vous dire, je ne suis pas du genre à suivre à les grands sentiers lorsque je me balade en forêt. Si c’est pour voir des familles promener leur chiens en lui faisant faire caca partout, pas besoin d’aller en forêt, je vais dans le square à côté de chez moi et c’est réglé. Non, moi je fais du hors piste, du sans carte, et je ne me repère que grâce aux nuages et à la direction du vent. Sauf que ce jour là, cette saloperie de vent soufflait sans aucune logique (comme un cerveau de femme), et j’avais fini par me retrouver nez à nez face au grillage d’une base militaire qui ressemblait étrangement à toutes ces bases secrètes qu’on ne retrouve sur aucune carte officielle. Vous savez, comme toutes ces zones militaires super cachées qui finissent toujours par être découvertes par “hasard” dans les films et les séries télé. Cette fois-ci, c’est sur moi que ça tombait. Il faut croire que c’est le genre de choses qui arrive lorsque vous avez une destinée exceptionnelle. Ma curiosité me poussait à faire pipi sur le grillage pour savoir s’il était de type électrocutant, mais la peur de me retrouver avec un étron dans le froc avait fini par m’en dissuader. En effet, un copain médecin m’a raconté que c’est exactement ce qui arrive aux mecs qui passent sur la chaise électrique: la décharge est si forte que le transit intestinal s’en trouve accéléré et les condamnés décèdent dans leur propre caca. C’est aussi comme ça que serait née l’expression “se chier dessus”.

Bref, avec cette histoire de de base militaire, j’ai d’abord pensé que j’étais en train d’être punk’d et qu’une chaîne de télé me faisait une blague dans un décor grandeur nature super réaliste. Après avoir bu une petite gorgée de pipi grenadine, j’ai finalement réalisé que j’étais autant paumé qu’une blonde à gros seins dans une bibliothèque municipale. Alors telle une actrice porno prête à tout pour réussir, je n’avais plus qu’à avaler ravaler ma fierté et à aller demander mon chemin à une petite cavalière en train de brosser la longue queue de son poney dans le jardin d’une demeure voisine. J’utilise les mots “demeure” et “petite cavalière” pour donner un peu de prestige à mon histoire, mais je ne vais pas vous mentir, pour moi les gens de la forêt sont comme les gens de la campagne: des bouseux.

Après qu’elle m’ait indiqué la voie à suivre pour retrouver le chemin de la civilisation, j’avais pensé à profiter de la présence du canasson pour lui indiquer que j’adorais les chevaux et que j’étais d’ailleurs moi-même monté comme un âne. Une fois la saillie terminée, je n’avais plus qu’à rentrer chez moi. Le bilan de la journée était plutôt positif:

  • 2 kilos de châtaignes ramassés
  • un tour de poney
  • et surtout, 3 cabanes démolies

De retour à la maison, j’ai wikipédé le lieu vers lequel je m’étais égaré. Il semble que les guides forestiers désignent cette zone 51 comme “le petit angle ouest de la forêt”: la base aérienne 921 est implantée dans d’anciennes carrières creusées à environ quatre-vingts mètres sous la surface couverte par le massif forestier de Montmorency. Le sommet de la base aérienne est couronné par d’impressionnants pylônes de télécommunications, défendus par une triple ligne de barbelés délimitant un petit angle ouest de la forêt.

Un copain membre des forces spéciales m’a plus tard précisé que les tunnels sous-terrains de cette base sont si vastes et si longs que les militaires les parcourent en bicyclette afin de s’y déplacer plus vite.

Ne riez pas, tout ce que j’ai raconté dans cet article est vrai.